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Identifié pour la première fois en 1944 par le psychiatre autrichien Hans Asperger, le syndrome d’Asperger n’est reporté à l’attention du public qu’au début des années 1980 grâce aux travaux de la pédopsychiatre Lorna Wing.

Comme pour l’autisme, le syndrome d’Asperger se manifeste dans les premières années de la vie, frappe davantage les garçons que les filles et connaît un développement stable. On y retrouve les mêmes types de déficits sociaux reconnus dans l’autisme auxquels s’ajoute souvent le développement d’intérêts particulièrement intenses. Il se caractérise cependant par l’absence de retard de langage significatif et par un développement cognitif normal. Les personnes atteintes du syndrome d’Asperger présentent pourtant de grandes lacunes dans la communication et la sociabilité. Leur perception et leur compréhension des signes corporels, des relations humaines et des règles sociales sont particulièrement altérées. Ces difficultés sociales les laissent souvent marginalisés, voire même stigmatisés, par leurs camarades de classe ou de travail.

Voici les caractéristiques associées au syndrome d’Asperger : 

  • Difficultés à comprendre les situations sociales et les attentes de l'entourage;
  • Émergence normale de la parole avec difficulté de la communication;
  • Intérêts souvent obsessionnels;
  • Intelligence normale ou supérieure.

Définition

Le syndrome d'Asperger connaît un développement stable. Il semble qu'on puisse établir un diagnostic dès l'âge de trois ans. Avant cet âge, les parents peuvent néanmoins constater des particularités chez leur enfant. Dès sa première année, leur bébé communiquera peu par le rire, le babillage, etc. De façon générale, l'enfant Asperger ne connaît pourtant pas de retard particulier de langage, au contraire, il étonne parfois par son emploi de mots très recherchés et son imposant vocabulaire. Il doit souvent ces caractéristiques à une excellente mémoire.

Sur le plan physique, les victimes du syndrome présentent plusieurs traits atypiques : des difficultés motrices (gestes maladroits, démarche guindée, etc.), une intonation monotone, une fuite du contact visuel, et, à l'occasion, certains tics.

Par ailleurs, les symptômes les plus importants se situent davantage au plan social. On remarque chez les Asperger une difficulté notable à saisir le langage non verbal (haussement d'épaules, sourire las, etc.) et les données abstraites. L'emploi d'une expression comme «couper les cheveux en quatre», par exemple, les laissera perplexe ou sera même comprise au premier degré. Cette difficulté entraîne évidemment des problèmes de communication et suscite la moquerie chez leurs pairs. Ces derniers y verront sans doute une grande naïveté.

La résistance au changement constitue un symptôme classique du syndrome d'Asperger. En raison de leurs difficultés à interpréter les signes émanant de leur environnement, les personnes affectées attachent beaucoup d'importance à la routine. En effet, à défaut de pouvoir prédire ce qui les attend, elles deviennent vite angoissées et tendent alors à avoir des comportements obsessifs.
À plusieurs égards, les jeunes atteints du syndrome manifestent beaucoup de maladresse dans leurs interactions sociales. Beaucoup évitent les contacts physiques, expriment peu ce qu'ils ressentent ou le font alors de façon démesurée. Les sentiments des autres leur apparaissent encore plus abstraits et, la plupart du temps, ils se substituent même leurs propres émotions. En conséquence, l'entourage perçoit souvent les personnes Asperger comme étant peu réceptives et égocentriques.

Cette impression se voit par ailleurs renforcée par un trait caractéristique des Asperger : l'engouement pour un domaine très spécifique et leur capacité d'en parler longuement en dépit de l'ennui de leur auditoire. Ce trait fréquent chez les Asperger prend la forme d'une fixation ou d'une obsession pour quelque chose sur laquelle ils acquerront une foule de connaissances. Il peut s'agir, par exemple, d'une passion pour le nom des rues, pour la biologie marine, etc. Souvent, la personne Asperger ne parlera aux gens que par le biais de cet intérêt précis.

Leur difficulté à entamer une conversation et à la maintenir démontre le fossé existant entre leur langage savant et une communication normale où chacun voit les réactions de l'autre et peut les interpréter.

Ne comprenant pas le subtil écheveau des relations humaines, l'Asperger est ainsi cantonné dans un isolement dont il est le premier à souffrir et auquel se rajoutent de douloureuses moqueries. Parfois, une dépression s'ensuivra, voire même des tendances suicidaires. 

Diagnostic

Certains enfants ont des comportements autistiques, mais ne présentent pas de retard particulier du langage. Souvent, on dépiste le syndrome d’Asperger quand l’enfant fréquente déjà l’école. Parfois, le diagnostic n’est établi qu’à l’adolescence ou même à l’âge adulte. Dans les milieux cliniques, il y a un débat à savoir si le syndrome d’Asperger et l’autisme « de haut niveau » sont des troubles vraiment distincts. Il y a encore moins de consensus par rapport aux meilleurs outils pour évaluer le syndrome d'Asperger.

En général, on évalue les capacités cognitives, motrices et de communication de la personne que l’on soupçonne d’être atteinte. On étudie avec attention son histoire et sa capacité globale de fonctionner de manière autonome. On vérifie aussi la présence de troubles apparentés et de troubles aux symptômes similaires – notamment le syndrome de Gilles de la Tourette, le trouble obsessif-compulsif, la schizophrénie, la dépression, le trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (THADA) et d’autres difficultés d’apprentissage.

Source: Société Canadienne de l’autisme

Causes

Contrairement aux théories psychanalytiques longtemps avancées pour expliquer l’autisme et les autres troubles envahissants du développement, les recherches actuelles s’orientent de plus en plus vers des défauts biochimiques du cerveau. Le syndrome d’Asperger résulterait probablement d’anomalies à l’hémisphère droit du cerveau, région responsable des émotions et du traitement de l’information. L’origine de ces anomalies pourrait être physiologique ou liée à une prédisposition génétique.  

Caractéristiques

On retrouve chez les personnes atteintes du syndrome d’Asperger au moins un des symptômes suivants :

  • Troubles de la communication;
  • Troubles de socialisation;
  • Atteintes neuro-sensorielles.

Troubles de la communication

Les personnes Asperger ne présentent généralement aucun retard de développement du langage et la plupart démontrent même un vocabulaire étonnamment développé en raison d’une mémoire excellente (bien que souvent mécanique). Leur compréhension du langage demeure cependant très littérale et concrète. Ces troubles de la communication peuvent se traduire par :

  • Une difficulté à saisir les notions abstraites, les blagues, les sarcasmes, le langage non verbal ou les locutions. L’expression décrocher la lune, par exemple, risque d’être comprise au premier degré.
  • Des particularités dans le contenu du langage, dans le ton de la voix ou dans le choix des mots. Les Asperger peuvent inventer des néologismes surprenants pour traduire une idée (par exemple, maman, tes cheveux son virageux, pour dire bouclés), s’exprimer de façon très recherchée (par exemple, je vais extraire un biscuit du sac) ou discourir longuement, et parfois à sens unique, sur leurs sujets favoris.
  • Des difficultés avec l’emploi des pronoms personnels. Chez les jeunes Asperger, la notion du je peut porter à confusion. Ceux-ci se désignent parfois eux-mêmes par le pronom tu, puisque c’est de cette façon dont les gens s’adressent à eux. Un mécanisme de pensée associatif (par opposition à un mode de pensée logique) conjugué à une difficulté à intégrer la notion de l’autre pourraient expliquer ce phénomène.
  • De l’écholalie, ou le fait de répéter de façon stéréotypée des bribes de phrases toutes faites ou des questions-réponses.

Troubles de socialisation

Les caractéristiques les plus évidentes du syndrome d’Asperger sont sans doute les déficiences dans le champ de la communication interpersonnelle et le manque d’habileté à comprendre et à employer les règles du comportement social. On qualifie parfois les Asperger de personnes «socialement aveugles». Les troubles de socialisation se manifestent notamment par :

  • Des difficultés à saisir le sens du langage non verbal. Les Asperger sont incapables de percevoir spontanément la personnalité et les réactions des autres personnes.
  • Des difficultés manifestes dans l’adaptation des comportements sociaux en fonction de l’environnement ou de la situation. Ce trait démontre bien la marge existante entre le langage parfois très évolué des Asperger et une communication normale.
  • Une faible habileté à initier et à maintenir une conversation. Les Asperger ne s’adressent souvent aux gens que par l’intermédiaire de leurs intérêts spécifiques. En effet, les contacts sociaux qui sortent de leur routine et les situations nouvelles et imprévues peuvent les angoisser et les amener à adopter des comportements obsessifs et apparemment hors contexte, une gestuelle ou des remarques inappropriées, voire même de l’agressivité.
  • Une absence de réciprocité sociale et émotionnelle, une apparente attitude de froideur ou une timidité excessive.
  • Des jeux souvent répétitifs, peu créatifs et rarement utilisés dans un contexte d’interaction sociale.
  • Une faible estime de soi et une attitude très critique vis-àvis de soi-même.

Cette carence dans la sphère des relations interpersonnelles affecte particulièrement les adolescents, à une période de la vie où l’importance du groupe et les relations avec le sexe opposé sont prédominantes. La grande difficulté des Asperger à nouer des relations amicales ou amoureuses appropriées, et correspondant à leur niveau de développement, peut entraîner une impression d’échec continuel et parfois une période de dépression importante. Ajoutons que les moqueries des pairs s’ajoutent trop souvent à l’isolement social qui affecte les jeunes Asperger.

Atteintes neuro-sensorielles

En raison d’un problème probablement d’ordre neuro-biochimique, les messages transmis au cerveau des Asperger par leurs sens sont mal reçus et laissent place à une interprétation confuse de l’environnement et de la réalité. Malgré une intelligence variant généralement de moyenne à supérieure, les Asperger présentent néanmoins, à divers degrés, des comportements qui peuvent paraître bizarres ou inadéquats. On remarque notamment :

  • Une restriction importante du champ des activités et des intérêts qui se traduit par des comportements stéréotypés et répétitifs. Leur attachement à la routine et à des rituels souvent non fonctionnels se manifeste par une forte résistance au changement. Dans un monde qui leur semble imprévisible et souvent effrayant, un bruit soudain, une odeur ou un simple changement de trajet vers l’école risque de provoquer des réactions très vives.
  • Un visage peu expressif, sauf pour exprimer la colère ou les émotions fortes, et un ton de voix souvent monotone.
  • Des tics et du maniérisme.
  • Une tendance marquée à fuir le regard direct et à éviter les contacts physiques.
  • Une démarche qui peut sembler étrange en raison d’habiletés motrices défaillantes. Chez certaines personnes, ces altérations de la coordination motrice peuvent causer des difficultés dans certains jeux ou des activités qui demandent des habiletés motrices comme l’écriture ou le dessin.
  • Des troubles de concentration et des difficultés dans l’accomplissement de tâches qui demandent du raisonnement ou une résolution de problèmes. Ces lacunes peuvent occasionner un ralentissement de l’apprentissage scolaire.
  • Le développement de grandes passions et une maîtrise surprenante de sujets de prédilection : musique, arts, insectes, plans de métro, ordinateurs, horaires, calendriers, mathématiques, marques de voitures, etc. 

Comment aider les personnes Asperger?

À priori, un diagnostic précoce s'impose : l'enfant comprendra alors pourquoi il est différent, ce qui lui évitera plusieurs souffrances inutiles. Sensibiliser son entourage améliorera aussi la situation du jeune Asperger, car de cette manière les gens le comprendront davantage.

D'autre part, comme les personnes Asperger sont déstabilisées par toute forme de changement, on tentera, autant que possible, de leur donner un environnement sécurisant; on les préparera ainsi aux «surprises» longtemps à l'avance, d'une façon calme afin d'atténuer leurs craintes.

Pour pallier leur incompréhension des indices sociaux, il est aussi hautement souhaitable de les familiariser avec les conventions formelles et informelles propres aux relations humaines. Parmi les moyens employés, on peut notamment leur fournir un répertoire de réponses à utiliser en différentes occasions, leur expliquer en quoi certaines de leurs réactions peuvent blesser ou incommoder les autres, etc.

Comme ils perçoivent douloureusement leur différence et qu'ils en souffrent, il est également impératif de renforcer leur estime de soi par tous les moyens, le but ultime étant de les aider à vivre heureux et à briser l'isolement qui les caractérise.

Conseils pratiques

On ne connaît pas de traitement pour palier aux difficultés rencontrées par les personnes Asperger, enfants ou adultes. Cependant, on peut les réduire en appliquant quelques principes de base. Une vie régulière, même routinière, convient bien à ces personnes. Il est important que parents et professeurs communiquent avec l'enfant dans un langage simple car il a de la difficulté à comprendre le langage abstrait, même si cette difficulté ne soit pas toujours facile à percevoir.

Les techniques de modification du comportement peuvent servir. Cependant, les enfants atteints du syndrome d'Asperger sont souvent assez doués pour les percevoir et les juger négativement.

Les habitudes de langage et de motricité ne peuvent pas être éliminées, mais avec du temps et de la patience, elles peuvent être modifiées de façon à les rendre utiles et socialement acceptables.

L'éducation

L'éducation est très importante pour ces enfants. Elle leur permet de se développer et d'acquérir les qualifications nécessaires à une vie adulte indépendante.

Les professeurs doivent aussi s'assurer que ces enfants échappent aux taquineries et aux mauvais traitements des autres enfants. Aucun type d'école particulier ne convient aux enfants atteints du syndrome d'Asperger. Certains fonctionnent bien dans des écoles régulières. D'autres se débrouillent mieux dans des classes spécialisées.

Les progrès de ces enfants dépendent de la gravité de leurs handicaps, mais aussi de la compréhension et de l'habileté de leurs professeurs. 

Pronostic

Le pronostic est généralement bon : la plupart des enfants atteints du syndrome d'Asperger peuvent se développer suffisamment pour trouver un emploi qui mettra leurs talents particuliers en valeur.

Parfois, une maladie psychologique se développe. En effet, à la fin de l'adolescence, la prise de conscience de sa différence peut provoquer de l'anxiété et faire apparaître un état plus ou moins dépressif. Des tentatives de suicide peuvent se produire chez certains individus.

De façon générale, l'adolescence est une période difficile. Des bizarreries qu'on peut ignorer chez un jeune enfant deviennent évidentes chez un jeune adulte. Une plus grande conscience de son handicap et le développement de sa sexualité peuvent causer beaucoup de souffrance.

De façon générale, l'adaptation sociale est liée aux différents talents et au tempérament de l'individu. Pour devenir socialement indépendant, un individu atteint du syndrome d'Asperger doit être propre de sa personne, avoir une habileté particulière susceptible de lui procurer un emploi et posséder une nature placide.

Comme ils perçoivent douloureusement leur différence et qu'ils en souffrent, il est également impératif de renforcer leur estime de soi par tous les moyens. Le but ultime étant de les aider à vivre heureux et à briser l'isolement qui les caractérise. 

Source: Lorna Wing

*Information venant du site de la FQATED au www.autisme.qc.ca

Syndrome d'Asperger
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